Scroll Top Skip to content
30 septembre 2013
La traversée
Auteur // Mylène Paquette

Plongée

Un passage obligé

Mon routeur m’avait dit que ce serait le bon moment. Sans vouloir me mettre de pression, il me spécifiait qu’il n’y aurait pas d’autres fenêtres propices à une plongée d’ici deux semaines et qu’après le nettoyage de coque, associé aux conditions prometteuses des deux prochaines semaines, mon bateau devrait filer à de bien meilleures vitesses. J’avais trois petites heures pour me préparer au combat, procéder et m’en remettre.

J’ai horreur de l’eau. Je ne me suis jamais refusé de la fréquenter pour autant. Je me souviens avec effroi de mes premières sorties à l’aviron durant lesquelles j’avais chaviré plusieurs fois. Dans l’eau jusqu’au cou, mon skiff à la renverse sur l’épaule, l’entraîneur avait vu la peur dans mes yeux. J’étais pétrifiée devant la grandeur de ce que je voulais accomplir, mais surtout devant la grandeur du bassin olympique dans lequel était plongé mon corps entier que je ne voyais plus, disparu sous cette eau brunâtre.

Avant de plonger dans l’océan, j’y plongeai seulement la tête munie de mes lunettes afin de voir si quelque chose guettait mon embarcation, car dans mon imagination, les bêtes aquatiques capables d’en finir avec moi n’ont rien d’autre à faire que d’attendre que le buffet soit servi. À mon grand étonnement, le seul animal qui m’attendait était mon ami poisson qui me suivait depuis une dizaine de jours.

Au-delà de l’impressionnante quantité d’anatifes collés sur ma carène, j’aperçus des dizaines de dorades coryphènes qui tournaient tout autour et des centaines de méduses qui se faisaient bercer par la mer. Je pouvais, grâce à elles, comprendre la dimension dans laquelle je m’engageais. Les plus imposantes étaient plus près, avec leurs formes bien définies et les plus petites, pâles et embrouillées, se trouvaient à plusieurs dizaines de mètres plus loin. Elles me permettaient un indice de visibilité. Si je les voyais si bien à cette distance, gageons que je saurai apercevoir n’importe quelle ombre menaçante approcher.

enfin, arracher ces anatifes !

Une fois sous l’eau, je passais quelques minutes à m’adapter à mon nouvel environnement, quelques souffles d’oxygène m’ont permis de m’assurer être toujours en sécurité, quelques minutes plus tard, je me concentrais pour gratter ma coque pour en arracher les anatifes. Trois plongées et moins d’une heure et le travail était réalisé.

Après ma troisième plongée, que je me suis surprise d’avoir appréciée, je ressentais déjà le désir d’une dernière baignade avant de mettre les pieds sur la terre ferme et d’accrocher mes rames. Peut-être parce que la satisfaction du devoir accompli est grande devant l’immensité de l’océan. Peut-être aussi parce que je ne voudrais pas être passée par ici sans avoir pris le temps de dompter le plus gros des prédateurs, ce vieux démon qui me tenaille toujours, soit ma peur de l’eau.

Mylène Paquette

AUTRICE // Mylène Paquette

LIKES

Nos offres

Renseignez-vous sur les différents formats de rencontres. Conférences, rencontres pop-up, ateliers de formation ou vidéos sur mesure.

Boutique en ligne

Offrez l’aventure en cadeau !
Passez voir la boutique en ligne.

S'abonner
à l'infolettre

Ne manquez rien des aventures de Mylène.
Découvrez ses nouvelles, partagez ses publications.
Soutenez ses causes. Bref, restez dans son sillon!

SHARE