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28 août 2011
Voyage sur le Saint-Laurent
Auteur // Mylène Paquette

Frousse inoubliable

un départ de gaspé impeccable !

Inoubliable… je terminais le dernier billet en écrivant : « Mon passage dans la baie sera inoubliable » Effectivement, notre départ de Gaspé se déroulait à merveille. Accompagnés de la Garde Côtière Auxiliaire, Hermel et moi avions quitté très tôt ce matin là. Notre objectif avait été de faire le plus de miles nautiques possibles à la rame avant l’arrivée d’un vent d’est prévu plus tard en après-midi. 

À ce moment là, un seul aspect brouillait mon bonheur; même avec toute la puissance que j’activais aux avirons, rarement mon loch* m’indiquait plus de 2 nœuds. Malgré cette ombre au tableau, je m’extasiais à l’écoute des histoires qu’Hermel me racontait … du bon vieux temps. À ce moment, j’aurais eu peine à croire que ma journée aurait pu se terminer en un drame évitable.

Vers midi, fidèle au rendez-vous, le vent d’est se levait en m’empêchant de poursuivre mon entraînement, j’étais alors certaine de ne pouvoir continuer plus longtemps. Sur l’Atlantique, j’aurais opté pour une solution temporaire pour laisser passer ce vent contraire mais à la sortie de la baie et près des côtes, avec Hermel qui n’attendait que mon signal pour tirer sur le choke et le démarreur, j’abdiquai et lui donnai le signal pour mettre le moteur en marche. Quel ennui! Hermel, lui, était aux oiseaux, moi piteuse, me suis installée pour attendre que le vent se calme de nouveau pour me permettre de ramer.

Le seul avantage selon moi serait de revoir le même spectacle que celui aperçu en entrant dans la baie deux jours plus tôt. En tournant la pointe de la péninsule Gaspésienne, s’était dressé devant moi l’un des confins du Québec : Cap Gaspé. La falaise vertigineuse et imposante, témoin des assauts du Saint-Laurent et de ses eaux impétueuses, reste là, toujours, sage et coite, à la merci des vents. La péninsule marquait pour moi le point culminant de ma descente du Saint-Laurent et le début d’une aventure nouvelle.

En sortant de la baie ce jour-là, le vent soufflait sur l’eau, formant des vagues et des creux imposants. Mon bateau, plus marin que ne l’aurait imaginé Hermel, fendait les vagues et s’assoyait brutalement dans ses creux, deux mètres plus bas. Notre plan était de quitter la baie de Gaspé et d’aller se protéger à l’abri des vents, dans la portion sud de la Malbaie, à moins de trois miles nautiques du rocher Percé. Cette halte nous permettait de nous offrir une pause, d’apprécier un repas chaud en attendant une météo plus clémente pour contourner le rocher Percé, peut-être même à la rame, et d’entrer à l’Anse à Beaufils, plus tard en soirée.

Quelques minutes avant de nous mettre à l’abri, le moteur s’éteignit d’un coup. Pendant qu’Hermel évaluait la situation, je restai là stupéfaite devant les escarpements géants plombant l’eau devant nous.

Pas une belle jambe pour la région ces bateliers !

Quelques minutes avant de nous mettre à l’abri, le moteur s’éteignit d’un coup. Pendant qu’Hermel évaluait la situation, je restai là stupéfaite devant les escarpements géants plombant l’eau devant nous. 

Après une trentaine de minutes, le vent qui soufflait quinze nœuds nous avait déjà déplacés vers le large. Étant en contact constant avec Sylvie de la Garde Côtière par mes rapports réguliers, je décidai de déclarer la situation auprès d’elle. En nous retrouvant dans une enclave de vents nous emportant vers le large, en face du rocher, la nouvelle voix du VHF me suggérait alors de faire un appel à tous les bateliers pour venir nous porter assistance.

Dix minutes plus tard, un zodiac bleu et noir arrivait vers nous, à son bord, 5 ou 6 clients et un homme, debout. Contre toute attente, l’homme m’a lancé : « Traverser l’Atlantique à la rame, là c’est quoi ça? C’est nous encore qui vont (sic!) aller te chercher sur l’Atlantique? » Cette insolence aura été la dernière politesse de sa part. Après trois ou quatre autres insultes, j’étais immunisée. Ma seule envie était de m’éloigner de cette personne ignoble le plus rapidement possible. Si j’avais su à ce moment précis que la Gérald Bourdages était en route de Gaspé pour venir à notre renfort avec la Garde Côtière Auxiliaire, je n’aurais jamais, au grand jamais, accepté de mettre notre sécurité entre les mains de cet homme. Après ces quelques échanges, j’aurais dû refuser ce remorquage sur le champ et recontacter la Garde Côtière sur la voie seize.

Remorquée sur une trentaine de mètres, quelques minutes plus tard, un second bateau, le E-M (pour ne pas le nommer), gros et imposant arrivait sur place. J’ai vu ma corde de remorquage passer d’un bateau à l’autre alors que j’étais toujours en mouvement. Ces manœuvres imprudentes frisaient la catastrophe. J’étais inquiète, Hermel aussi. Une fois derrière le E-M, je me suis sentie plus stable mais j’étais toujours incapable d’entrer en contact avec ce nouveau « bon samaritain » pour expliquer comment mon bateau se comporte lors de remorquage. Quelques minutes plus tard, je voyais la vitesse de mon loch indiquer 7 nœuds… 7,5 nœuds… 8 nœuds…. Le cauchemar ne faisait alors que commencer. Je demandais alors aux gens à bord de ce bateau qu’ils passent le message de réduire la vitesse. Les touristes du E-M, allaient, l’air inquiet, passer le mot au pilote après quoi je voyais ma vitesse réduire brièvement. La vitesse est restée stable autour du rocher Percé que j’ai pu apprécier au passage sur tribord. Tout de suite après le Rocher… j’ai vu mon loch grimper à 8, 9, …. 10 nœuds. J’avais peine à maintenir le safran droit, pour permettre à Peta de bien suivre mon remorqueur. À dix nœuds… mes mains brûlaient pour tenir les cordes du gouvernail. Mes épaules, qui servaient de leviers, forçaient contre la pression de l’eau exercée sur le gouvernail. Aussitôt que je coinçais les cordes dans les taquets, le bateau risquait de tourner sur le côté… mes bras, eux, étaient douloureux comme jamais.

Hermel Lavoie et Mylène Paquette peu après le départ de Gaspé sur le Golfe du Saint-Laurent en 2011

devant des touristes impuissants

Le nez de Peta se levait et j’avais peine à voir l’autre bateau devant. Je sentais Peta tanguer sur bâbord et sur tribord. Tout à coup, j’aperçus l’eau à tribord à la hauteur de mes épaules, de mes yeux, de ma tête… J’ai alors réalisé que j’étais en train de chavirer. De toutes mes forces, je tirai sur mon gouvernail à bâbord. Peta tangua alors sur bâbord, évitant le chavirage sur tribord. Le même manège s’est ensuite produit sur bâbord. Instable, Peta tanguait encore une fois sur tribord. À ce moment, Hermel faillit tomber dans l’eau. Après quoi, il est tout de suite venu détacher ma ligne de vie qui me liait au bateau en me disant qu’à cette vitesse, si on tombait dans l’eau, on serait automatiquement aspiré sous l’embarcation nous assurant la noyade. Hermel me dit que la dernière vitesse aperçue sur mon indicateur était 10,5 nœuds! Vitesse pour laquelle mon bateau à rame n’est évidemment pas conçu.

Le remorqueur aura donc failli nous noyer sous les clichés et la surveillance impuissante de touristes loin de percevoir le danger auquel nous étions soumis.

enfin à percé, en sécurité !

L’approche du quai de Percé ne marquait pas la fin du cauchemar, l’E-Ml nous y emmenait toujours à une vitesse beaucoup trop grande pour accoster. À cet instant je criai : « Détachez nous tout de suite, c’est beau, je n’ai pas besoin de ça, je peux ramer depuis le rocher… y a plus de problème ici! » La vitesse qu’indiquaient mes instruments a alors réduit à quatre nœuds. J’indiquais alors au pilote que mon moteur était du côté sur lequel on abordait le quai, il fallait me tourner, je désirais qu’il me détache au plus vite pour tourner mon bateau à l’aide de mes avirons. Sans avertissement, le pilote a fait demi-tour sur lui-même. Quand le remorqueur a tourné rapidement, mon bateau, au bout de la corde de remorquage, s’est retrouvé catapulté sous l’accélération. Tel un film au ralenti, j’ai vu très clairement ce qui allait se produire si rien ne venait entraver la propulsion de mon bateau contre le quai. J’ai tout de suite pris une rame pour me préparer à amortir l’impact. J’ai forcé et crié de toutes mes forces en poussant le quai face à mon bateau. Ma rame s’est tout de suite prise entre la poutre d’acier et le caoutchouc mais cela n’a pas empêché le museau de Peta d’embrasser le muret de béton entre les poutres d’acier. Ma rame, elle, courbait sous le poids de ma barque et craquait de tous ses éléments d’un son ‘’carbonique’’ et clair. En bradant ma rame devant, du moins, j’aurai amorti le choc et peut-être même évité la fin de mon périple par des dégâts trop importants.
Taquet et cordage au quai

Secoués, Hermel et moi, n’étions pas au bout de nos peines. Je devais maintenant amarrer sur un quai de 12 pieds de haut, avec des vagues de travers nous poussant brutalement sur ce dernier. Des gens sont venus à la rescousse sur le quai pour nous aider à rendre la situation plus sécuritaire.

Après quelques minutes, j’aperçus une petite tête brunette sortir du haut du quai : « Mylène, qu’est ce que tu fais ici? J’t’attendais pas aujourd’hui! » Capitaine Beaudin est une grande amie de Mario du club nautique de Matane. Mario avait prévenu ses amis de Percé de mon passage dans la région et les avait priés de s’occuper de moi pour mon arrivée et mon départ de l’Anse-à-Beaufils. En quelques minutes à peine, tout était réglé, Émilien et Danielle, étaient partis vers l’Anse-à-Beaufils chercher un bateau pour me remorquer, en sécurité, dans l’Anse à l’abri des intempéries. Merci à cette famille formidable!

Arrivés à l’Anse, notre cauchemar était enfin fini…

post-mortem et décisions...

En parlant avec le MRSC de Québec le lendemain, j’ai compris que mon expérience pourrait faire toute une histoire et beaucoup d’écho… J’avais le choix de porter plainte à Transport Canada et faire une déposition formelle, ensuite j’aurais encore le choix de faire appel aux petites créances pour les dommages causés à mon embarcation. Après quelques conversations avec la Garde Côtière, une conversation avec l’entreprise du bateau remorqueur, ma plainte était toujours loin d’être formulée. Le jeudi suivant, mes démarches m’avaient pris plus de temps que le remorquage lui-même et l’énergie déployée jusqu’ici pour aller en ce sens était complètement déraisonnable face aux choses importantes que j’avais à faire pour m’assurer de partir bientôt de l’Anse et de me diriger vers les Îles. J’ai tôt fait d’enterrer la hache de guerre et de choisir de vous partager cette expérience sur ce blog.

Soyez assurés que le comportement de ces deux bateliers ne représente en rien la gentillesse et la courtoisie des gens de la région. Ici, les habitants sont avenants, généreux et très respectueux. Je ne voudrais en aucun cas atteindre, de surcroît, la réputation des bateliers en général. C’est pourquoi j’ai choisi de la désigner par ses initiales, sans pour autant la nommer, l’embarcation qui m’aura donné des sueurs froides.

Avec la visite d’Irène, je ne peux me permettre de quitter l’Anse plus tôt. J’ai travaillé donc toute la semaine à préparer mon parcours sur le golfe et à trouver une bonne fenêtre météo pour me permettre une belle aventure. Cette semaine, quelques voiliers arrivaient des Îles en me disant que les Madelinots m’attendaient de l’autre côté. J’ai entendu parler de la Madeleine et de sa magie jusqu’ici. Je caresse le moment où je toucherai le sable doux des Îles et où je rencontrerai mes premiers Madelinots!

D’ici là mon arrivée aux îles, je vous promets des billets quotidiens par téléphone satellite.

* Le loch est un tout petit appareil qui ressemble à une mini turbine placée sous mon embarcation, il me fournit la vitesse de déplacement de mon embarcation sur l’eau (vitesse qui peut différer de la vitesse sur le sol, fournie quant à elle, par mon GPS).

Mylène Paquette

AUTRICE // Mylène Paquette

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